Pierre Lénert. Profession : ambassadeur... de l’alto


Pierre Lénert. Profession : ambassadeur... de l’alto

 

L’altiste français Pierre Lénert aime son instrument dans toutes ses configurations : «supersoliste» de l’Opéra de Paris depuis plus de vingt ans, il mène une carrière de soliste international et dirige depuis 2005 le festival de musique de chambre de Surgères. Rencontre à l’occasion de la création à la salle Cortot le 15 octobre duDe Profundispour viole d’amour et baryton à cordes de Théophile de Wallensbourg.

 

ResMusica :L’opéra exige un travail collectif et des compromissions permanentes, la musique de chambre permet la liberté et l’exigence artistique sans entrave : n’y a-t-il pas une contradiction dans le fait que vous meniez une double carrière de musicien d’orchestre d’opéra et de soliste international?

 

Pierre Lénert : Je suis musicien avant tout. En soliste, dans un orchestre, en musique de chambre, à l’opéra, plus je joue et plus je suis heureux. Ces différentes expériences sont complémentaires et même indispensables. J’ai eu des émotions extraordinaires dans La Bohème de Puccini ou Parsifal de Wagner, en jouant le merveilleux Quatuor de Ravel, ou bien encore dans Harold en Italie sous la direction de Sir Yehudi Menuhin ou Armin Jordan. J’ai découvert la viole d’amour quand l’Opéra de Paris a monté L’Affaire Makropoulos de Janáček. La musique est une école de la respiration, de la patience, de la remise en question permanente et de la découverte.

 

RM : Vous n’avez pas envie d’arrêter la fosse d’opéra pour vous consacrer à votre carrière de soliste ?

PL : La vie de soliste ? Ne faire que cela ? Jouer en soliste est également un bonheur intense mais cela n’est qu’une des nombreuses facettes du musicien.

J’ai enregistré avec Stéphane Grappelli et il me racontait le pire souvenir de sa carrière : le triomphe qu’il avait reçu à Carnegie Hall… Après quinze rappels sur scène, personne ne l’attendait à la sortie !

 

RM : Vous dirigez le festival de musique de chambre de Surgères, en Charente-Maritime. Est-ce que cela vous apporte cette convivialité que vous ne trouvez pas dans votre métier de soliste?

PL : L’esprit est un peu celui des « concerts-promenades », de la musique comme on la faisait au XVIIIème siècle, où le public pouvait parler, aller et venir. Le concert central a lieu en plein air, dans le parc du château, à 20 heures, d’où le nom du festival : « Sérénade ». On s’installe dans le parc du Château, contre la façade de la mairie, ça sonne très bien, et l’ambiance est très conviviale. On trouve des Anglais qui viennent avec leurs paniers repas, des enfants et des bébés au premier rang. Quand je vois des jeunes de 16-17 ans qui viennent écouter du Mozart torses nus couchés dans l’herbe, je me dis qu’on a gagné !

 

RM : Vous avez une page sur le site MySpace, où l’on peut entendre gratuitement certains de vos enregistrements. La gratuité de la musique, c’est la voie obligée aujourd’hui?

PL : Dans le monde de la musique classique, peu d’artistes ont une page sur MySpace. L’idée est venue de mon frère Jean-Michel, qui fait une carrière dans la variété. Je ne pense pas que cela soit quelque chose d’indispensable mais c’est un moyen de communication supplémentaire. L’aspect le plus intéressant est de pouvoir intégrer des extraits sonores, pour faire connaître les disques, donner envie d’aller au concert. Au festival Sérénade de Surgères, les artistes jouent trois soirs, deux concerts se déroulent dans Notre Dame de Surgères et un concert est joué en plein air dans le parc du Château. Le concert plein air est en entrée libre. Le concert est gratuit pour le public mais les musiciens ne jouent pas gratuitement. Ce concert permet de faire connaître les cordes, d’amener le public à ce répertoire, de faire la publicité pour les concerts à entrée payante.

 

RM : Le festival de Surgères a une vocation principalement de découverte pour de nouveaux publics ?

 

PL : Il s’agit d’initier un public, mais comme nous offrons la possibilité d’écouter des artistes d’exception tel le pianiste Cédric Tiberghien, notre public comporte aussi beaucoup d’amateurs éclairés. Il est courant que suite à un concert des enfants veuillent s’inscrire dans un conservatoire, car le concert de plein air facilite le contact entre le public et les artistes.

 

RM : Si le répertoire pour cordes n’est pas le plus populaire, que dire alors de l’alto, souvent dépeint comme le parent pauvre parmi les instruments à cordes. Est-ce que pour vous Harold en Italie de Berlioz et le Quatuor n°13 de Chostakovitch ont constitué des tournants de la littérature pour alto ?

 

PL : Tous les grands compositeurs ont écrit des parties magnifiques pour l’alto. Quand Mozart jouait un de ses quatuors, il se mettait à l’alto. Il a composé la magnifique Symphonie concertante pour alto et violon : là encore il jouait la partie d’alto. Brahms a atteint des sommets avec ses Quintettes à deux altos, et au XXème siècle Rebecca Clarke a composé des œuvres très passionnées qui se rattachent à Debussy, Ravel et Franck. L’altiste Hindemith a énormément écrit pour cet instrument. Les concertos de Jean-Chrétien Bach et Haendel arrangés par Robert Casadesus sont très beaux aussi mais sont très peu joués, sans doute à cause de leur nom. Il aurait mieux valu les appeler Concerto « à la manière de … ». Il y a des œuvres magnifiques qu’on ne joue que très rarement, comme les pièces d’Enesco ou Françaix enregistrées récemment avec le pianiste Cédric Tiberghien, disque qui a été très bien reçu par la presse. Dans Harold en Italie, l’alto qui incarne Harold est à l’intérieur de l’orchestre et contemple les différentes scènes qui composent la symphonie. C’est une idée tout à fait fantastique, originale et nouvelle. Béla Bartók a écrit son Concerto pour altoà la fin de sa vie. Il est dédié à William Primrose – le « Heifetz » de l’alto ! C’est curieux, mais les compositeurs s’intéressent à l’alto plutôt vers la fin de leur vie. Peut-être l’alto est-t-il l’instrument de la maturité ?

 

RM : Vous allez créer le De Profundis pour viole d’amour et baryton à cordes de Théophile de Wallensbourg à l’occasion du concert hommage à Féodor Droujinine à la Salle Cortot de Paris le 15 octobre prochain.

 

PL : C’est grâce à l’Opéra que j’ai découvert la viole d’amour. On n’imagine pas tous les solos de viole d’amour qu’il peut y avoir dans l’orchestration des opéras ! Quand Emmanuel Utwiller m’a proposé de créer une pièce pour cet instrument j’ai tout de suite accepté. L’œuvre de Théophile de Wallensbourg est très belle, sombre et virtuose ! C’est un cheminement naturel pour l’altiste d’aller vers la viole d’amour. Elle a une finesse de son, une résonance, une ambiance que l’on ne peut pas reproduire autrement. A ce même concert je vais interpréter le très bel opus 147 de Dimitri Chostakovitch, sonate dédiée à Feodor Droujinine. Cette œuvre est le testament musical du compositeur.

 

RM : Vous êtes musicien d’orchestre, soliste, directeur de festival, vous cumulez les fonctions, mais toujours de l’alto. Vous êtes boulimique de travail ?

 

PL : J’essaie d’être un ambassadeur de ce très bel instrument qu’est l’alto. Je cherche à faire découvrir ou redécouvrir notre magnifique répertoire. Dans le même esprit, je vais commencer à enseigner à la Schola Cantorum, encore une façon d’être ambassadeur de l’alto… On avait demandé à Sir Yehudi Menuhin pourquoi il ne s’arrêtait jamais de travailler, il s’était étonné de cette question, pour lui, le travail était source d’épanouissement.

 

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Crédit photographique : © Pierre Lénert

 

par Jean-Christophe Le Toquin (07/10/2008)

 

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